Racisme systémique envers les Autochtones : toujours une réalité

About the Author: Julia Anaya

 

Dans la foulée de la mort de George Floyd aux États-Unis, un débat longtemps mis de côté semble reprendre de l’ampleur dans la conscience des Nord-Américains : celui du racisme systémique. Insidieux, mais toujours présent, le racisme systémique peut se définir comme un ensemble d’oppressions vécues, particulièrement par les personnes autochtones et racisées, dans diverses sphères de notre société (1). Ce problème structurel s’inscrit dans le cadre de notre société, formant ainsi un système que l’on qualifie de « systémique ». Au Canada et au Québec, notre passé colonial et l’état de certaines situations actuelles nous en disent long sur la perpétuation de ce phénomène à l’endroit des nations autochtones. 

Ça commence avec un rien. Au primaire, on apprend aux élèves que c’est Christophe-Colomb, un Européen, qui a découvert l’Amérique. L’homme blanc est dès lors consacré sensationnel et salvateur, c’est lui qui arrive avec la richesse et le savoir. Pourtant, c’est lui qui sera à l’origine de la déchéance des peuples autochtones. Les colons, insensibles étrangers, s’accapareront des territoires habités depuis déjà 15 000 ans (2). Ils décimeront des peuples entiers, notamment en leur donnant des couvertures infectées de variole et déclencheront des guerres entre les nations. Ainsi, la culture autochtone ne tarde pas à être déclarée inférieure par les forces coloniales : elle doit être éradiquée. À la suite de plusieurs actes posés en ce sens, le gouvernement canadien institutionnalise le paternalisme blanc avec la Loi sur les Indiens en 1876. Il faut assimiler « les Sauvages » et ainsi les transformer en de véritables citoyens canadiens, la coexistence des deux cultures étant apparemment impossible…  Puis ça continue. Le gouvernement modifie l’article 88 de la loi pour permettre aux provinces de gérer le bien-être des enfants autochtones. C’est la rafle des années 60. On enlève des enfants à leurs familles afin d’annihiler la culture ancestrale que leurs parents tentent de leur transmettre, que leurs parents tentent de préserver. On veut « tuer l’indien dans l’enfant » et on le fait en déportant, sans l’accord de leurs familles, plus de 150 000 (3) enfants autochtones dans des pensionnats où ils seront complètement dépouillés de leur identité.  Le dernier pensionnat ne fermera ses portes qu’en 1996. Toutefois, j’en passe et nul besoin de préciser que le problème n’est loin d’être réglé…

Bien que la Loi sur les Indiens ait depuis été modifiée, elle demeure toujours en vigueur. Elle témoigne d’une législation supposée véhiculer nos valeurs sociétales, mais qui constitue encore un vecteur de racisme. Cette loi a vraisemblablement contribué à infliger de profondes cicatrices socio-économiques aux communautés autochtones qui perdurent  toujours. Par exemple, 17,3% des Autochtones vivent avec un revenu faible, soit un taux deux fois plus élevé que le reste de la population canadienne (4). De plus, ils ont de la difficulté à se trouver en emploi en raison d’une discrimination résiduelle portée à leur égard (5) . Au Québec, un rapport du SPVM intitulé « Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées », déposé en 2019, fait aussi constat d’un biais entretenu par les policiers envers les membres des Premières Nations. En effet, ce rapport indique que les femmes autochtones ont onze fois plus de chances de se faire interpeller par un policier que les femmes blanches et que les hommes autochtones ont, quant à eux, un peu plus de trois fois plus de chances de se faire interpeller qu’un homme blanc (6). Si cela n’était pas assez, les Autochtones représentent également 23% de la population carcérale alors qu’ils ne constituent que 4% de la population canadienne totale (7). Fait est de constater que cette population se trouve dans une position particulièrement vulnérable au sein de notre province. 

 

Certains auront sans doute le réflexe de dire que la Loi sur les Indiens est archaïque, qu’en 2020, une loi aux saveurs de racisme systémique ne serait jamais adoptée par une législature canadienne. Ils se trompent. En février dernier, la nation Wet’suwet’en protestait contre le Pipeline de Costal Gaslink qui menaçait l’intégrité de leur territoire ancestral. Leurs barrages ferroviaires ont ainsi perturbé l’économie provinciale et nationale, ce qui a poussé la législature de l’Alberta à adopter le Critical Infrasctructure Defense Act. Adoptée le 17 juin 2020, cette loi permettra au gouvernement albertain de « protéger » les infrastructures essentielles des dommages ou de l’ingérence causée par d’éventuels blocages ou manifestations, un droit d’ailleurs protégé à l’article 2 c) de la Charte canadienne des droits et libertés. Le problème avec une loi comme celle-là, c’est qu’elle vise un groupe particulier, en l’occurrence les Wet’suwet’en. Certes, fait est d’avouer que des intérêts économiques légitimes motivent l’adoption de cette loi. Cependant, quel message envoie le Canada lorsqu’il décide de faire primer des droits économiques sur des droits de la personne ?

Tous ces faits semblent pointer vers l’existence d’une discrimination systémique dans nos institutions. Cette situation est inacceptable et mérite qu’on y prête une attention particulière afin de renverser le statu quo.  Bien entendu, commencer par reconnaître qu’il persiste une forme de racisme systémique est un premier pas vers le changement, mais pas le seul. Afin de renverser la vapeur, de nombreux moyens sont à la disposition des Canadiens ; certains sont évidents comme le simple fait d’inclure les personnes autochtones et racisées au débat public, tandis que d’autres demanderont de plus grands efforts et devront se développer à l’instar de la discrimination positive. Une chose est sûre, le Canada, en tant que pays, a encore beaucoup de chemin à faire.

 

Sources

(1) TÉLÉ- QUÉBEC. « Le racisme systémique » [vidéo], Télé-Québec, réf. du 23 juin 2020, https://briserlecode.telequebec.tv/LeLexique/51526/le-racisme-systemique

(2) HISTORICA CANADA. L’encyclopédie canadienne, réf. du 23 juin 2020, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/relations-entre-les-autochtones-et-francais

(3) HISTORICA CANADA. L’encyclopédie canadienne, réf. du 23 juin 2020, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/pensionnats

(4) HISTORICA CANADA, L’encyclopédie canadienne, réf. du 23 juin 2020, https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/aboriginal-people-economic-conditions

(5) Ibid.

(6) SERVICE DE POLICE DE MONTRÉAL. Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées, Montréal, Août 2019, 118 p., réf. du 23 juin 2020, https://spvm.qc.ca/upload/Rapport_Armony-Hassaoui-Mulone.pdf

(7) TÉLÉ- QUÉBEC. « Le racisme systémique » [vidéo], Télé-Québec, réf. du 23 juin 2020, https://briserlecode.telequebec.tv/LeLexique/51526/le-racisme-systemique

 

 

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