Le manque de représentation : ça existe!

About the Author: Lina Benredouane

Le 15 novembre dernier, Adib Alkhalidey est passé à Tout le monde en parle pour présenter son nouvel album, mais il en a profité aussi pour dire tout haut ce que beaucoup de gens hésitent à dire. Il s’est exprimé sur plusieurs enjeux de société tels que le manque de représentation des personnes racisées dans la sphère publique.

 

« Moi j’ai 30 ans et j’ai grandi à Ville Saint-Laurent. Les jeunes qui ont 10 ans aujourd’hui vivent la même chose que j’ai vécue moi à 10 ans. Ils ne regardent pas la télé parce qu’ils ne se voient nulle part. Quand ils se voient, on rit d’eux et on les humilie. » – Adib Alkhalidey

 

Cette affirmation a eu l’effet d’une bombe dans la sphère médiatique québécoise. On a eu le droit à toutes sortes de réactions. Beaucoup de gens ont acclamé le courage de M. Alkhalidey d’avoir osé dire cela dans le talk-show québécois le plus écouté de la province ; toutefois, d’autres ne comprennent pas ce dont l’humoriste d’origine marocaine aborde. Pourquoi parle-t-on du manque de représentation des personnes racisées, alors que Dany Laferrière, d’origine haïtienne, et Kim Thúy, d’origine vietnamienne sont LA référence littéraire québécoise ? Existe-t-il un manque de représentation à la télé ? Ils ne comprennent toujours pas puisque Sugar Sammy, d’origine indienne, a joué 3 saisons de suite dans Ces-gars là. Manque de représentation dans la sphère politique ? Quelle affirmation aberrante! Dominique Anglade, d’origine haïtienne, est la nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec; Marwah Rizqy, d’origine marocaine,  est l’étoile montante du Parti; sans oublier que le docteur Arruda est d’origine portugaise. Voilà! Dany Laferrière et Dominique Anglade représentent les personnes noires, Kim Thung les Asiatiques du nord, Sugar Sammy les Asiatiques du sud et Marwa Ridzy les Maghrébins. 

 

Pourtant, les chiffres ne mentent pas. Ce n’est pas parce que quelques personnes issues des communautés racisées ont percé que cela signifie que le manque de représentation dans la sphère publique québécoise n’existe pas. Dans les universités, les minorités visibles représentent 6% des emplois en 2019, alors que la cible que veut atteindre le gouvernement est de 11,2% (Gerbet 2020). Cela représente presque la moitié du quota visé. 

En politique, ils sont 10 députés issus de différentes communautés racisées à siège dans l’Assemblée nationale, ce qui représente 8% de la population en 2018, sachant que le pourcentage de personnes visibles au Québec est autour de 13% (Gervais 2018) : ce pourcentage augmente chaque année. Cependant, une seule personne issue de la minorité visible se trouve dans le conseil des ministres :  Nadine Gireault. 

 

C’est à la télévision que tout se complique. Parmi les 70 sélections pour le Gala Artiste de 2019, aucune personne issue de la diversité n’a été sélectionnée ; pourtant des artistes de couleur, ce n’est pas ce qui manque (Landry 2019). Lorsqu’on regarde les chiffres tels quels, on a l’impression qu’on remplit parfaitement les quotas. Par exemple, dans District 31, la très célèbre série québécoise, on constate que les acteurs issus de la diversité représentent 13,6% des effectifs (Landry 2019). Lorsqu’on comptabilise les 10 séries québécoises les plus populaires, sur 894 rôles, 97 des rôles sont joués par des personnes racisées. Pourtant, on les voit rarement sur nos écrans, comment cela se fait-il (Landry 2019) ? La répartition des premiers rôles, deuxièmes rôles et troisièmes rôles a un impact sur la visibilité, puisque seulement 8,1% des personnes racisées jouent un premier rôle (Landry 2019). Un premier rôle ne signifie pas être un personnage principal. Un premier rôle signifie que la présence visuelle du personnage occupe 30% ou plus de l’œuvre (Landry 2019). 

Lorsque nous regardons les chiffres, nous voyons que nous nous approchons du 13%, mais est-ce qu’atteindre ce pourcentage serait suffisant ? Dans les milieux restreints comme la télévision et la politique, 13% représente peu de gens sachant que 13% de 8 574 471, c’est 1 114 681 de personnes racisées à travers la province (Institut de la Statistique Québec). Atteindre le quota de 13% ne va pas régler à 100% le problème du manque de représentation dans la sphère publique. Il ne faudra pas s’arrêter à ce nombre et il faudra donc continuer à surmonter chaque obstacle jusqu’au moment où il n’y en aura plus. 

 

Source :

https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/202/diversite-television-quebec-vedettes-roles-gala

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1710379/minorites-visibles-quebec-employes-public-commission-systemique

https://www.ledevoir.com/societe/538298/elections-plus-de-diversite-mais-pas-encore-assez

https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/structure/102.htm

 

  

 

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